• PLAN DEMARRE ou DEMARIE

    PLAN DEMAREE ou DEMARIE.

     

    Ce plan est destiné initialement à réduire voir supprimer l’essaimage en séparant la reine de quasiment tout son couvain obligeant les nourrices à la quitter pour s’occuper de la nurserie séparée par une grille et éloignée au sommet. Les conditions d’essaimage ne sont donc plus, à ce moment, réunies ; il s’agit d’un essaimage dans la ruche . Il est appliqué sur une forte colonie mais si le but est d’obtenir des cellules royales on peut opérer une colonie de moyenne importance. L’intérêt de ce plan, applicable rapidement, est qu’on évite la recherche de la reine toujours fastidieuse , que les abeilles gardent la même odeur, et que la récolte est importante si les conditions météo et florales sont au rendez-vous. Il n’y a pas de division, pas de picking, pas de ruchette, pas d’éloignement ni de mise en cave.  La colonie conserve toute sa population et sa dynamique. Bien entendu le travail est facilité en utilisant des ruches de type divisible (Langstroth, Dadant divisible, Warré à cadres, Claeer etc…) mais peut être appliqué à des Dadant ou Voirnot classiques par exemple. Le principe restant le même.

    La conduite de développement d’une colonie que je pratique est classique :Hivernée sur deux corps le nid se trouve au premier Printemps dans le corps supérieur… tant que le carreau n’est pas « noir d’abeilles » je pousse la ponte en nourrissant régulièrement depuis le premier redoux de janvier au candi « spécial abeilles ».Il faut attendre que le carreau de l’élément supérieur soit bien garni d’abeilles pour procéder à l’inversion des deux éléments . L’ex-élément du bas est garni de beaux cadres bâtis vides mis à la place de l’élément supérieur. La ponte va s’y installer rapidement. Si le temps permet le vol des abeilles je passe au nourrissage au sirop 50/50 à petites doses journalières 20cl ou 2L par semaine. Quand les deux carreaux sont devenus bien peuplés on pose le troisième élément rempli à moitié de cadres bâtis centrés et encadrés de cadres gaufrés. La ponte va encore s’y étendre ce qui, en donnant de la place, correspond au premier principe d’une technique anti-essaimage. Un mot sur la lecture et l’interprétation de la densité des abeilles aux carreaux. Si l’on voit des abeilles « ventre au carreau » c’est qu’il y a manque de place ; il ne faut pas attendre ce moment pour effectuer les opérations prévues dans le plan.  

     

     Nous ouvrons la ruche (ici Voirnot divisible cadre 16.5 de hauteur intérieure), hivernée sur deux éléments dont la colonie a été développée sur trois corps et chassons par des jets de fumée (à l’intérieur des ruelles) les abeilles (dont et surtout la reine) qui vont se réfugier dans les corps inférieurs. En ce but il ne faut pas trop enfumer l’entrée au commencement . Si ce troisième corps de miel est operculé nous pouvons en décider la récolte (mais il faudra prévoir un corps pour le remplacer). Sinon si le travail est en cours, nous le posons provisoirement, avec les abeilles qui y sont restées, sur un plancher fermé, aéré, avec un couvre-cadres (il ne faut pas risquer le pillage) dans un endroit ombragé ; nous le reprendrons par la suite. Jusqu’à présent nous n’avons pas touché un seul cadre. Les choses sérieuses commencent à ce stade. Après avoir préparé sur un plancher ou sur un toit en tôle retourné un élément vide de cadres que nous nommons « le corps d’élevage » nous allons y mettre le maximum de couvain ouvert sans abeilles. Les cadres de couvain operculé, débarrassés ou presque des abeilles par secouage, seront mis dans un (ou deux)autre corps. Comme pour une récolte de miel nous refoulons le maximum d’abeilles vers le bas. Souvent on a besoin de deux éléments pour pouvoir « caser » l’important couvain que nous trouvons à cette époque. L’ élément d’élevage consacré à l’élaboration des cellules de reine, sur le couvain ouvert, sera posé en haut de la pile lors de la reconstitution de « la tour » pour qu’il bénéficie de la chaleur d’une part, pour avoir facilement accès aux cellules royales d’autre part et également pour l’ éloigner de la reine (qui va rester au sous-sol) ; la hauteur de cet éloignement est une condition importante pour obtenir le réflexe d’élevage.

     Au fur et à mesure de la sortie et du secouage des cadres les abeilles sortent et se massent sur la planche de vol ; cela est assez spectaculaire . La majorité de la colonie, à force d’être refoulée, se rassemble en dehors de la ruche… ! Pas de panique !Je pense même que cette migration provoquée est ressentie par les abeilles comme un essaimage naturel et comble ce besoin. On laisse un cadres de couvain ouvert en bas (donc pas besoin de le sortir juste le centrer) pour que la reine puisse s’occuper de nouveau ; on comble les vides avec des cadres bâtis ( vides de préférence). Tout va rentrer dans l’ordre rapidement après la reconstitution de la ruche comme suit :

    Le corps du bas contient le cadre de couvain ouvert restant afin qu’au fur et à mesure des naissances la reine (qui est peut-être actuellement en dehors) puisse lentement se refaire un petit nid. Au-dessus de ce corps nous plaçons la grille à reine.(en fil métallique , insérée dans un cadre de bois) Sur celle-ci un corps, avec cadres gaufrés, destiné à donner de la hauteur et à l’emmagasinage du miel , pour occuper les cirières et enfin notre ou nos deux corps contenant le couvain ; celui ouvert en haut. Un petit coup de fumée pour faire rentrer les abeilles massées à l’extérieur…c’est fini !Temps passé 10/15 mn. Les nourrices vont passer au travers de la grille pour soigner le couvain…et séparées de leur reine elles vont faire un élevage royal. La reine bien abandonnée va réduire sa ponte ;la période d’essaimage passera, la ruche n’aura pas essaimé.

    Au total nous aurons, suivant le nombre trouvé de cadres possédant du couvain ouvert , une ruche de quatre ou cinq éléments avec en bas la vieille reine sous la grille

    ;au dessus de celle-ci un élément gaufré pour contenir le futur miel et ensuite le ou les corps avec le couvain fermé et le dernier celui d’élevage destiné aux cellules royales. Si nous voulons obtenir une jeune reine il faut prévoir une sortie dans le corps supérieur sur un coté ou sur l’arrière de la pile afin que les faux-bourdons (car ils ne passent pas à travers de la grille) puissent sortir et la reine vierge se faire féconder et enfin qu’elle ne se trompe pas d’entrée lors du retour de son vol .Un trou de 14mn suffit. Un deuxième nid à couvain se formera donc à l’étage supérieur un mois après environ après cette opération. Pourquoi « environ » ? Parce que le vol de fécondation de la reine peut être retardé par les conditions climatiques. Si ces conditions étaient vraiment mauvaises nous pouvons alors avoir une reine non fécondée ou mal fécondée. Dans le premier cas la ponte sera quand même amorcée mais ne donnera naissance qu’à des mâles d’où échec. La qualité génétique et le nombre de mâles ayant sailli la reine jouent aussi un grand rôle dans la qualité de la progéniture obtenue…. Un nourrisseur de sirop à 50/50 ne sera pas superflu dès le début de l’opération sauf lors d’une période de grande miellée.(ce qui doit être le cas)

    HUIT jours après cette opération de séparation reine et couvain il faut regarder dans le corps supérieur pour détruire,(consommer la gelée royale !) ou utiliser pour faire des petits essaims les cellules royales en surnombre (faciles à trouver car il n’y a qu’à cet endroit qu’elles puissent être construites). Il faut n’en laisser qu’une ou par précaution deux choisies parmi les mieux développées. Attention de ne pas secouer les cadres(la nymphe se détacherait du fond de la cellule et serait séparée de sa nourriture . Ce petit travail effectué il n’y a plus qu’à attendre la première ponte et la vérifier. Ne soyez pas trop pressé ;la première ponte est très discrète ; 40 jours après le jour J me semble le mieux approprié. Un détail : chacun de mes éléments possède en façade un trou de 32mm qui sert de sortie supplémentaire ; les butineuses peuvent porter directement leur nectar dans les hausses au lieu d’encombrer le nid de la reine.

    En résumé l’on aura fait essaimer les abeilles à l’intérieur de la ruche.(à part la grille la circulation est libre ; pas de plateau séparateur) On ne perd aucune abeille, ,on ne manipule pas de reine, on peut espérer une bonne récolte et l’on possède une jeune reine. Que demander de plus ? Ensuite à vous de décider si vous voulez sacrifier la vieille reine et ramener à deux éléments la ruche en vue de l’hivernage. Les abeilles ont la même odeur et il n’y a pas de précautions à prendre pour les réunir. (ou bien de les séparer pour posséder une ruche supplémentaire en les mettant côte à côte dans un premier temps ou éloigner la ruche possédant la vieille reine pour la trouver facilement les butineuses retournant à leur emplacement d’origine sans batailles…

    Un autre « plus » de cette méthode : en cas d’échec provoqué par les intempéries ayant empêché l’élevage escompté on peut toujours faire marche arrière facilement en réunissant tout le monde surtout si la reine « du bas » est encore bonne ce qui est souvent le cas.

    Ce plan a été conçu en 1892 par Demarie (de famille lorraine)émigré aux USA puis repris par Caillas, Dugat , Langstroth et combien d’autres…

    A eux tous  :un grand merci !